« Pourquoi vous avez voulu faire éducateur ? »
« Parce que j’ai un grain… un grain de folie ! »
A une table ronde sur les métiers du social où j’étais invité, une jeune fille m’a demandé : « pourquoi vous avez voulu faire éducateur ? » J’ai répondu spontanément : « Parce que j’ai un grain… un grain de folie ! » Cela a fait rire tout le monde, mais je crois vraiment qu’il faut avoir un grain pour faire éducateur.
Dans la vie normale, on n’aime pas trop fréquenter les gens qui vont mal, qui sont dépressifs, qui ont des problèmes existentiels. En priorité ce ne sont pas avec ces gens là qu’on aime passer nos soirées ou nos weekends. Bien souvent, les gens qui vont mal répugnent, font peur. On les fuit, on s’en éloigne, on les évite de peur qu’ils nous communiquent leur mal-être.
Et voilà qu’il y a une race de gens qu’on appelle éducateurs dont le job justement c’est de s’occuper des cabossés de la vie, des gens qui vont mal, ces gens chez qui c’est la partie vide du verre qui a pris le dessus.
De plus, ces éducateurs parlent souvent de leur boulot en soirée ou avec des amis avec beaucoup d’enthousiasme et souvent avec un grand sourire ! C’est à se demander si ces gens ne sont pas un peu maso, tarés ou si tout simplement ils n’ont pas un grain. S’occuper des gens dont personne ne veut, avec le sourire et la patate, il faut vraiment avoir un grain pour le faire.
Chaque fois que je participe au jury de sélection pour les concours d’ES ou ME, je suis toujours sidéré de voir des jeunes filles mignonnes (18, 19, 20 ans) nous dire avec un aplomb déconcertant : « Educatrice, c’est ce que j’ai toujours voulu faire… J’aime aider les autres… »
« Mais Mlles, savez vous ce qui vous attend sur le terrain ? C’est un métier mal payé, frustrant, usant… Vous êtes belles, pourquoi faire éducatrices ? Faites mannequins, avocates, journalistes… Mais pas éducatrices… »
« C’est le boulot que je veux faire et ce depuis très très longtemps !!! »
💭 « Eh ben, bienvenue dans la race des fêlés. Je vois que vous avez un grain !!! »
Plus sérieusement, ce petit grain de folie est plus qu’indispensable pour exercer et durer dans ce métier d’éducateur. C’est ce grain qui nous permet de tenir, de persévérer malgré les difficultés de toutes sortes auxquelles nous pouvons être confrontées au quotidien !
Sans ce grain, on peut très vite céder au découragement, à la désespérance, à l’usure professionnelle… Sans ce grain, on aura du mal à voir la part de cristal qu’il y a en chaque usager, quelle que soit sa problématique du moment.
⭐ Un bon éducateur,
c’est un éducateur qui a un grain !
Et tant mieux !!!
Malheureusement, chez beaucoup d’éducateurs, il manque ce grain. Educateur n’est pas un job que l’on fait par défaut. Non, n’est pas éducateur qui veut !
Educateur, ça ne s’improvise pas. C’est un job trop sérieux et qui requiert des compétences et une bonne préparation. On ne peut pas faire ce boulot en trichant, en faisant semblant. Les usagers sont des « spécialistes de la souffrance humaine ! » En tant que tels, ils flairent les menteurs et les tricheurs à des kilomètres.
D’ailleurs nos jeunes en MECS savent distinguer les éducateurs qui mouillent le maillot pour eux et les éducateurs « qui s’en battent les couilles de leur vie ! »
Le travail de l’éducateur, c’est un travail au cœur de l’humain. L’humain dans ce qu’il a de plus complexe ! C’est une immersion au cœur de la souffrance humaine. Voilà pourquoi c’est un job qui ne supporte pas la triche et qui requiert de l’authenticité !!!
Pour être un bon éducateur, il faut avoir non seulement un grain, mais aussi et surtout être bien dans sa tête et dans ses baskets. Cette formation permet d’armer le futur professionnel d’outils nécessaires. Les stages permettent de se confronter à la réalité du terrain. C’est le passage du fantasme à la réalité concrète.
Educateur, c’est une belle aventure humaine. Il y a beaucoup de larmes, mais aussi que d’émotions positives, que de larmes de joie, quand on voit que tout le travail mis en place depuis parfois des années n’a pas été vain !!!
Que d’émotion, quand des années après, vous croisez un des jeunes dont vous vous êtes occupé et qui vous interpelle :
💬 « Putain ! je t’ai beaucoup fait chier, mais tu ne m’as jamais lâché. Tu as toujours été là pour moi, malgré toutes mes conneries. Merci à toi. Grâce à toi et aux autres éducateurs, j’ai trouvé ma route… »
Cela vaut plus que tous les salaires du monde. Comme quoi, Raoul FOLLEREAU avait raison : « L’important ce n’est pas ce que l’on récolte, mais ce que l’on sème ! »
Assez régulièrement, un éducateur devrait se poser la question : qu’en est-il de mon grain ? Est-ce toujours un grain positif qui me booste, me stimule, me pousse vers l’avant ? Ou est-ce plutôt un grain négatif qui me pourrit de l’intérieur et pollue la vie des usagers ?
Un éducateur doit savoir faire des pauses à mi parcours professionnel pour s’interroger sur sa posture, son engagement, sa façon d’exercer son métier… Ce temps de restructuration est fondamental pour prendre du recul et recharger ses batteries.
S’interroger sur l’état de notre grain d’éducateur,
aide à rester tout le temps en alerte !
Un éducateur sans grain est comme une lampe sans huile !
💫 Dis-moi où en est ton grain
et je te dirais quel éducateur tu es !!!
✨ Educateur, sois fier de ton grain !
M. OKOUNHOLLA Emmanuel
Educateur et fier de l’être !
Toulon, le 23 mai 2013 • Institution Barthelon


